La citation de la semaine est l'épitaphe de Pierre Magnan
Pierre Magnan (1922-2012)
"Il vécut, il aima, il écrivit" Stendhal
Le père Balzac, le cousin Zweig
"La vie de Balzac est un prodigieux roman. Accablé de dettes, immergé dans un titanesque labeur d'écriture, mort à cinquante et un ans, juste après son mariage avec celle qu'il avait si longtemps attendue, le romancier de La Comédie humaine incarne un mythe, celui du créateur rivalisant avec Dieu, et foudroyé comme Prométhée."
Ce livre occupa dix ans de la vie de Zweig, loin d'être une oeuvre mineur, il mêle à la biographie un regard critique sur le plus grand auteur du XIXème siècle. Après on comprend mieux les livres lus au collège et on mesure réellement l'oeuvre titanesque qu'à construit Balzac, sa vie réglée comme du papier à musique pour écrire, les typographes payés double pour imprimer car les manuscrits étaient illisibles, les séances de création, de corrections, de recorrections. A peine un roman est achevé, qu'il se remet à la tâche sur le suivant. Le plan de l'eouvre général est jeté, une vie n'y suffira pas ! La chambre de bonne du début, les succès, les banqueroutes, les femmes... Zweig parle de Prométhée, mais il y aussi du Sisyphe dans ce géant des Lettres françaises. Le Père Goriot, Le Lys dans la Vallée, La Peau de chagrin, Le Colonel Chabert... C'est fou comme connaître la vie d'un auteur donne envie de le relire !
Balzac, Le roman de sa vie, Stephan Zweig (Albin Michel)
Le langage imagé de Moscato
"Foncer plein badin", "Rentrer dans la meule", "Envoyer du bois"ou bien "Passer pour un flan Mireille"... Toutes les expressions cultes décortiquées pour assimiler les rudiments du Parler Moscato. Un livre indispensable pour voyager en terre de rugby, apprécier un match ou simplement enrichir sa culture générale.
"Arrétez de branler la queue du chat !"
Sur la quatrième de couv, on peut aussi lire "Un livre avec des images dedans" (ce qui est vrai puisque le parler de Vincent Moscato est illustré par Alaïs Clouchoux) et "Un livre pour rire" (ce qui n'est pas faux, le livre est drôle, très drôle même !).
En tournant les 132 pages, on oscille entre la tendresse nostalgique d'un rugby de terroir et le bon mot rabelaisien, et on reste toujours dans le bon goût grâce aux dessins qui adoucissent nombres d'expressions tendancieuses (ex : "Ca sent la carotte !"). Au final, il y a un bon équilibre entre les définitions et les dessins, entre l'humour et la culture, entre le rugby et la vie. L'ouvrage ressemble à l'ancien joueur de Bègles et du Stade Français, carré et drôle.
Un livre à lire par temps de crise.
Le Parler Moscato, P. Chavagné/A. Clouchoux (Editions du Rioumard)
Pour en savoir plus cliquer ici
La citation de la semaine est l'évidence même
«La mort ne vous concerne ni mort ni vif : vif parce que vous êtes ; mort parce que vous n'êtes plus.»
Michel de Montaigne
L'étoile a pleuré rose...
L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins ;
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.
Le mot de la semaine est à la fois un dessin & deux lettres
Esperluette : n.m. on dit aussi esperluète, perluette, perluète ou "et commercial" car il entre dans le nom de nombreuses raisons sociales. (Standard & poor's, Procter & Gamble, Ben & jerry's...) Ce mot désigne le logogramme "&". Il résulte de la ligature du "e" et du "t".
À l'origine, cette graphie ligaturée était utilisée par les copistes médiévaux. Il semble qu'elle ait été considérée comme la 27e lettre de l'alphabet jusqu'au XIXe siècle. Ce caractère se lisait « ète » et qu’il était placé à la fin de l’alphabet, de sorte que les enfants ânonnaient l’alphabet en terminant par « z et puis le ète » ce qui aurait donné ensuite « éperluette » puis « esperluette ».
Il est présent sur la touche 1 d’un clavier AZERTY, c'est aussi le logo de France Telecom.
Amours de Ronsard et esperluette, Matisse
La citation de la semaine exècre la servitude volontaire
"Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux".
Etienne de la Boétie
"L’Homme de Tian’anmen", "l'Homme au tank" ou "le Rebelle inconnu" sont les surnoms de l'homme resté anonyme, mais mondialement célèbre, qui fut filmé et photographié alors qu'il s'efforçait de symboliquement bloquer la progression d'une colonne d'au moins 17 chars de l'armée populaire de libération lors des manifestations de la place tian'anmen de 1989. La photographie de la scène fut prise par Jeff Widener de l'Associated Press. Elle est devenue le symbole de la résistance pacifique. (source Wikipedia)
"Voyage au bout de l'enfer"
"Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l'aigle baissait la tête.
Sombres jours ! l'empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau."
C'est ainsi que Victor Hugo décrit la retraite de Russie dans les Contemplations, Patrick Rambaud, lui emprunte l'anaphore de son poème pour titré son roman. En 1812 la Grande armée entre dans Moscou déserté. Elle sera bientôt surprise par le feu, puis chassée par l'arrivée des troupes russes grossies par des milliers de civils. Rambaud raconte les sentiments et la survie de ces hommes et femmes, civils et militaires, qui, forcés de se replier vers la Berezina, devront affronter un froid inhumain, mais surtout le manque de vivres qui les poussera aux pires extrémités. Pendant que trois cent trente mille hommes périssent, Napoléon, lui, poursuit ses rêves de grandeurs. Pour écrire cette suite à "La Bataille", le romancier a consulté les récits d'époque. Sa langue coulante captive le lecteur et l'entraîne comme un complice dans une aventure foisonnante, épisode tragique de l'histoire européenne.
En voici l'incipit : "Le capitaine d'Herbigny se sentait ridicule. Enveloppé dans un manteau clair dont le rabat flottait sur les épaules, on devinait un dragon de la Garde au casque enturbanné de veau marin, crinière noire sur cimier de cuivre, mais à califourchon sur un cheval nain qu'il avait acheté en Lituanie, ce grand gaillard devait régler les étriers trop courts pour que les semelles de ses bottes ne raclent pas le sol, alors ses genoux remontaient, il grognait : « A quoi j'ressemble, crédieu ! de quoi j'ai l'air ? » Le capitaine regrettait sa jument et sa main droite. La main avait été percée par la flèche envenimée d'un cavalier bachkir, pendant une escarmouche ; le chirurgien l'avait coupée, il avait arrêté le sang avec du coton de bouleau puisqu'on manquait de charpie, pansé avec du papier d'archives à défaut de linge. Sa jument, elle, avait gonflé à force de manger du seigle vert trempé de pluie ; la pauvre s'était mise à trembler, elle tenait à peine debout ; quand elle trébucha dans une ravine, d'Herbigny s'était résigné à l'abattre d'une balle de pistolet dans l'oreille (il en avait pleuré)."
Songez que ces tourments et ces blessures constitue l'arrivée dans Moscou d'une armée conquérante. Si le Capitaine d'Herbigny pouvait lire l'avenir, il prendrait ces agaceries comme un échantillon du bonheur en regard de tout ce qu'il allait vivre. Des marais, des attaques de cosaques, des marches par -30°C, des hommes qui dépècent des chevaux vivants, d'autres qui perdent leur nez gelé, leurs doigts, leurs mains, les blessés qu'on balance pour alléger les charriots, les vols, les meurtres, les fleuves à traverser, la boue, le vent, la glace et la honte de reculé devant l'ennemi... Patrick Rambaud a encore écrit un grand livre, magistral et balzacien. Il passionne, effraie, il emporte mais n'émeut pas. C'est son seul défaut. Sa plume reste trop loin des personnages, ils peuvent chuter, souffrir, se battre, mais à vrai dire, ils sont tous un peu interchangeables. Le cadre de la caméra est trop large, pas assez de gros plan. Les scènes sont belles. La steady cam filme la désolation et la chute d'un empire, elle zoome parfois sur un corps, compose un tableau, un effet mais reste toujours en deçà de l'humain. Il reste l'ombre de l'empereur et la souffrance, la mort de 330 000 soldats et civils, les chevaux, le passage de la Berezina et la neige.
Il neigeait, Patrick Rambaud (Grasset)
Touche pas à mon pote
L'amitié, c'est un nom sacré, c'est une chose sainte: elle ne peut exister qu'entre gens de bien, elle naît d'une mutuelle estime, et s'entretient non tant par les bienfaits que par bonne vie et moeurs.
L’amitié de Montaigne et de La Boétie est restée célèbre, peut-être autant que celle de Rimbaud et Verlaine en tout cas plus que celle de Felix Gray et Didier Barbelivien. Elle fut le sujet de bien des rumeurs et des médisances, elle fut décortiquée dans bien des ouvrages, elle fut chantée par Brassens dans Les Copains d'abord. Leur amitié est devenue l'étalon et l'illustration d'un sentiment difficile a définir. Quand ils se rencontrent, Montaigne a 25 ans, La Boétie 28. Il partage tout mais leur relation sera brève car Etienne de la Boétie meurt quatre ans plus tard léguant sa bibibliothèque à son ami. Sans cette rencontre, sans cette amitié et cette déchirure, Montaigne n'aurait peut-être jamais écrit Les Essais.
Autoportrait de l'artiste en ami, Raphaël
Dans la première édition, il écrit : « Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer. » C’est dans l’édition posthume dite « de Bordeaux » qu’on lit en marge, ajoutés en deux fois, d’abord « parce que c’était lui », puis d’une autre encre « parce que c’était moi ».
Puis plus loin « Il n’est action ou pensée où il ne me manque. » (...) « J’étais déjà si formé et habitué à être deuxième partout qu’il me semble n’exister plus qu’à demi. »
Et puis dans une lettre à son père, il relate la mort de son ami et fait dire à la Boétie : «Que mort, je subsiste à vos côtés, dans la chaleur secrète d’une amitié sur laquelle la séparation charnelle n’aura pas de prise. Que nos esprits continuent à s’entrelacer, moi en toi, toi en moi. Que la mort elle-même perpétue ce que la vie a à peine commencé et qu’une éternité n’eût jamais lassé. Ami, aime-moi, il n’y eut, sous le ciel, âmes mieux accordées. »
Le mot de la semaine se déguste en trois bouchées
Tridacne : n.m. Mollusque géant de la famille des huîtres dont les anciens raffolaient Signification littérale « trois bouchées », du préfixe latin tri (« trois »), auquel on ajoute le mot en grec ancien dakno (« mordre »), en référence à des huîtres de grande taille qu'on ne pouvait pas avaler en une seule bouchée.
Tridacne scupltée par les phéniciens (env. 600 av J.C.)
Les specimens les plus imposants s'appellent des "bénitiers géants" car la coquille de ces mollusques servaient de bénitier dans les églises. Le plus grand mesurait 1m40 et pesait 240kg.
L'avantage des grosses huîtres c'est qu'elles produisent de grosses perles. "la plus célèbre est la perle d'Allah, appelée aussi "perle de Lao-Tseu". Gemme de plus de 6 kilogrammes et 23 centimètres, elle aurait coûté la vie, en 1934, à un jeune plongeur Dayak, coincé par le tridacne géant défendant sa monstrueuse production." L'émir de l'île la récupéra et en 1939 l'offrit à Wilburn Dowell Cobb qui venait de sauver son fils durant une tempête. Cobb la garda jusqu'à a mort, elle fut vendue par ses héritiers pour 1 million de dollars. Elle en vaut aujourd'hui 60 millions et personne ne la porte en collier.







