Le hussard vert

14 août 2011

La citation de la semaine est l'évidence même

«La mort ne vous concerne ni mort ni vif : vif parce que vous êtes ; mort parce que vous n'êtes plus.»
Michel de Montaigne

smile

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10 août 2011

L'étoile a pleuré rose...

L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins ;
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.

rimbaud Arthur Rimbaud (1854-1891)

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09 août 2011

Le mot de la semaine est à la fois un dessin & deux lettres

Esperluette : n.m. on dit aussi esperluète, perluette, perluète ou "et commercial" car il entre dans le nom de nombreuses raisons sociales. (Standard & poor's, Procter & Gamble, Ben & jerry's...) Ce mot désigne le logogramme "&". Il résulte de la ligature du "e" et du "t".

À l'origine, cette graphie ligaturée était utilisée par les copistes médiévaux. Il semble qu'elle ait été considérée comme la 27e lettre de l'alphabet jusqu'au XIXe siècle. Ce caractère se lisait « ète » et qu’il était placé à la fin de l’alphabet, de sorte que les enfants ânonnaient l’alphabet en terminant par « z et puis le ète » ce qui aurait donné ensuite « éperluette » puis « esperluette ».
Il est présent sur la touche 1 d’un clavier AZERTY, c'est aussi le logo de France Telecom.

matisse Amours de Ronsard et esperluette, Matisse

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27 juillet 2011

La citation de la semaine exècre la servitude volontaire

"Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux".

Etienne de la Boétie

tienanmen

"L’Homme de Tian’anmen", "l'Homme au tank" ou "le Rebelle inconnu" sont les surnoms de l'homme resté anonyme, mais mondialement célèbre, qui fut filmé et photographié alors qu'il s'efforçait de symboliquement bloquer la progression d'une colonne d'au moins 17 chars de l'armée populaire de libération lors des manifestations de la place tian'anmen de 1989. La photographie de la scène fut prise par Jeff Widener de l'Associated Press. Elle est devenue le symbole de la résistance pacifique. (source Wikipedia)

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24 juillet 2011

"Voyage au bout de l'enfer"

"Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l'aigle baissait la tête.
Sombres jours ! l'empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau."

C'est ainsi que Victor Hugo décrit la retraite de Russie dans les Contemplations, Patrick Rambaud, lui emprunte l'anaphore de son poème pour titré son roman. En 1812 la Grande armée entre dans Moscou déserté. Elle sera bientôt surprise par le feu, puis chassée par l'arrivée des troupes russes grossies par des milliers de civils. Rambaud raconte les sentiments et la survie de ces hommes et femmes, civils et militaires, qui, forcés de se replier vers la Berezina, devront affronter un froid inhumain, mais surtout le manque de vivres qui les poussera aux pires extrémités. Pendant que trois cent trente mille hommes périssent, Napoléon, lui, poursuit ses rêves de grandeurs. Pour écrire cette suite à "La Bataille", le romancier a consulté les récits d'époque. Sa langue coulante captive le lecteur et l'entraîne comme un complice dans une aventure foisonnante, épisode tragique de l'histoire européenne.

Napoleons_retreat_from_moscow

En voici l'incipit : "Le capitaine d'Herbigny se sentait ridicule. Enveloppé dans un manteau clair dont le rabat flottait sur les épaules, on devinait un dragon de la Garde au casque enturbanné de veau marin, crinière noire sur cimier de cuivre, mais à califourchon sur un cheval nain qu'il avait acheté en Lituanie, ce grand gaillard devait régler les étriers trop courts pour que les semelles de ses bottes ne raclent pas le sol, alors ses genoux remontaient, il grognait : « A quoi j'ressemble, crédieu ! de quoi j'ai l'air ? » Le capitaine regrettait sa jument et sa main droite. La main avait été percée par la flèche envenimée d'un cavalier bachkir, pendant une escarmouche ; le chirurgien l'avait coupée, il avait arrêté le sang avec du coton de bouleau puisqu'on manquait de charpie, pansé avec du papier d'archives à défaut de linge. Sa jument, elle, avait gonflé à force de manger du seigle vert trempé de pluie ; la pauvre s'était mise à trembler, elle tenait à peine debout ; quand elle trébucha dans une ravine, d'Herbigny s'était résigné à l'abattre d'une balle de pistolet dans l'oreille (il en avait pleuré)."

Songez que ces tourments et ces blessures constitue l'arrivée dans Moscou d'une armée conquérante. Si le Capitaine d'Herbigny pouvait lire l'avenir, il prendrait ces agaceries comme un échantillon du bonheur en regard de tout ce qu'il allait vivre. Des marais, des attaques de cosaques, des marches par -30°C, des hommes qui dépècent des chevaux vivants, d'autres qui perdent leur nez gelé, leurs doigts, leurs mains, les blessés qu'on balance pour alléger les charriots, les vols, les meurtres, les fleuves à traverser, la boue, le vent, la glace et la honte de reculé devant l'ennemi... Patrick Rambaud a encore écrit un grand livre, magistral et balzacien. Il passionne, effraie, il emporte mais n'émeut pas. C'est son seul défaut. Sa plume reste trop loin des personnages, ils peuvent chuter, souffrir, se battre, mais à vrai dire, ils sont tous un peu interchangeables. Le cadre de la caméra est trop large, pas assez de gros plan. Les scènes sont belles. La steady cam filme la désolation et la chute d'un empire, elle zoome parfois sur un corps, compose un tableau, un effet mais reste toujours en deçà de l'humain. Il reste l'ombre de l'empereur et la souffrance, la mort de 330 000 soldats et civils, les chevaux, le passage de la Berezina et la neige.

neigeait Il neigeait, Patrick Rambaud (Grasset)

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22 juillet 2011

Touche pas à mon pote

L'amitié, c'est un nom sacré, c'est une chose sainte: elle ne peut exister qu'entre gens de bien, elle naît d'une mutuelle estime, et s'entretient non tant par les bienfaits que par bonne vie et moeurs.

L’amitié de Montaigne et de La Boétie est restée célèbre, peut-être autant que celle de Rimbaud et Verlaine en tout cas plus que celle de Felix Gray et Didier Barbelivien. Elle fut le sujet de bien des rumeurs et des médisances, elle fut décortiquée dans bien des ouvrages, elle fut chantée par Brassens dans Les Copains d'abord. Leur amitié est devenue l'étalon et l'illustration d'un sentiment difficile a définir. Quand ils se rencontrent, Montaigne a 25 ans, La Boétie 28. Il partage tout mais leur relation sera brève car Etienne de la Boétie meurt quatre ans plus tard léguant sa bibibliothèque à son ami. Sans cette rencontre, sans cette amitié et cette déchirure, Montaigne n'aurait peut-être jamais écrit Les Essais.

raphael-autoportrait-avec-un-ami Autoportrait de l'artiste en ami, Raphaël

Dans la première édition, il écrit : « Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer. » C’est dans l’édition posthume dite « de Bordeaux » qu’on lit en marge, ajoutés en deux fois, d’abord « parce que c’était lui », puis d’une autre encre « parce que c’était moi ».

Puis plus loin « Il n’est action ou pensée où il ne me manque. » (...) « J’étais déjà si formé et habitué à être deuxième partout qu’il me semble n’exister plus qu’à demi. »

Et puis dans une lettre à son père, il relate la mort de son ami et fait dire à la Boétie : «Que mort, je subsiste à vos côtés, dans la chaleur secrète d’une amitié sur laquelle la séparation charnelle n’aura pas de prise. Que nos esprits continuent à s’entrelacer, moi en toi, toi en moi. Que la mort elle-même perpétue ce que la vie a à peine commencé et qu’une éternité n’eût jamais lassé. Ami, aime-moi, il n’y eut, sous le ciel, âmes mieux accordées. »

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20 juillet 2011

Le mot de la semaine se déguste en trois bouchées

Tridacne : n.m. Mollusque géant de la famille des huîtres dont les anciens raffolaient Signification littérale « trois bouchées », du préfixe latin tri (« trois »), auquel on ajoute le mot en grec ancien dakno (« mordre »), en référence à des huîtres de grande taille qu'on ne pouvait pas avaler en une seule bouchée.

Tridacne Tridacne scupltée par les phéniciens (env. 600 av J.C.)

Les specimens les plus imposants s'appellent des "bénitiers géants" car la coquille de ces mollusques servaient de bénitier dans les églises. Le plus grand mesurait 1m40 et pesait 240kg.

L'avantage des grosses huîtres c'est qu'elles produisent de grosses perles. "la plus célèbre est la perle d'Allah, appelée aussi "perle de Lao-Tseu". Gemme de plus de 6 kilogrammes et 23 centimètres, elle aurait coûté la vie, en 1934, à un jeune plongeur Dayak, coincé par le tridacne géant défendant sa monstrueuse production." L'émir de l'île la récupéra et en 1939 l'offrit à Wilburn Dowell Cobb qui venait de sauver son fils durant une tempête. Cobb la garda jusqu'à a mort, elle fut vendue par ses héritiers pour 1 million de dollars. Elle en vaut aujourd'hui 60 millions et personne ne la porte en collier.


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18 juillet 2011

La citation de la semaine a le gout du haricot à la tomate

"Si vous voulez bien manger en Angleterre, prenez trois petits déjeuners". Somerset Maugham

heinz-baked-beans

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16 juillet 2011

La cabane au fond du jardin

"Construire et habiter une cabane est un rêve. Qui n'a un jour imaginé de vivre dans une cabane faite de ses propres mains ? Ce rêve peut aussi être un choix.

Larguant les amarres, le narrateur - on devine qu'il s'agit de l'auteur lui-même - propose au lecteur une sorte de pèlerinage vers toutes les cabanes de la terre, de celles en rondins des bûcherons d'Amérique aux ermitages des montagnes de Chine, en passant par les chaumières rustiques des maîtres de thé du Japon. En compagnie des poètes, des vagabonds mystiques - et mythiques -, guidé par le désir d'une vie près des forêts et des rivières, le lecteur, en suivant les parcours cultivés, pleins de fantaisie et d'humour du narrateur, s'initie à l'esprit singulier d'une tradition de liberté spirituelle. "

cabane3

Extrait : "Quand je me penche sur mon passé, il me semble que j'ai mené une vie aventureuse, une vie d'action, avant tout parce qu'au départ d'un projet qui me mènerait à l'autre bout du monde se trouvait toujours un rêve. J'achetais une gourde dans un surplus militaire du marché aux puces de Saint-Ouen, je gribouillais une liste à la terrasse d'un café, je faisais mon sac. Trois jours après avoir dormi à la belle étoile dans un square de Marseille, je me retrouvais à Tamanrasset avec le sentiment d'être en voyage depuis des semaines. Plus tard, beaucoup plus tard, dans une auberge sur la rive du Yang Tsé Kiang, couché aux côtés de mon amoureuse, les yeux ouverts dans la nuit de Chine, j'ai connu avec bonheur la certitude d'avoir, à maturité, réalisé les rêves de mon enfance.

Pour cela, il fallait sans doute avoir payé le prix, et Dieu sait que j'ai payé cher. Peut-être fallait-il avoir connu l'atmosphère abominablement grise du Paris des deux décennies d'après guerre, la frustration adolescente d'être enfermé dans la grande ville avec des rêves de grands espaces, sans avoir encore aucune prise sur le monde ; toutes ces soirées d'errance sans un sou en poche, sans contact avec les filles, dans l'obscurité intérieure de la jeunesse, timide, avec cette intense soif de vivre s'inversant en pulsions suicidaires."

L'idée de ce livre est excellente mais les chapitres sont disparates. L'auteur parvient à nous communiquer sa pensée profonde en décrivant une pierre au fond d'un torrent, la rénovation d'une ruine dans la quercy, la cabane d'un moine, l'utilité du bambou, la vibration de l'arbre et l'existence de la nature. Une pensée incarnée riche d'expérience et de voyages à travers le monde. On songe au Nature Writing, à Rick Bass, Peter Fromm ou Jim Harrison. Le hic c'est qu'il parsème ces remarques de justifications "zen" où l'érudit noie le lecteur dans de multiples références qui à mon goût ternisse le livre. Au lieu d'une conversation d'homme à homme. On se perd dans une sorte de bibliographie stérile qui dresse une palissade entre l'auteur et son lecteur, une sorte d'ethnologie du zen étudiée à travers le prisme d'une cabane. Pourquoi Antoine Marcel a-t-il cherché à justifier son propos ? Pourquoi a-t-il voulu démontrer, là où il suffisait de montrer ?

Toutefois de nombreuses pages méritent le détours, par leur légèreté et leur évidence même. Ce livre est une respiration.

"j'aime le mot travail mais je fuis le mot emploi"

"Loin de la société des hommes pour un temps, on s'exonère de leur approbation"

"(...) dans une solitude profonde quitter toute solitude."

Boileau écrivait "Ce qu'on conçoit bien s'énonce clairement". Antoine Marcel profère des vérités universelles sans en avoir l'air. Il nous parle de lui et il nous parle de nous. Simplement. On lit un paragraphe de quatre lignes avant de se coucher et on y pense tout le lendemain. Nul besoin de Pang, Xuyüng, Herrigel, Basho, Han Shan et tutti quanti pour apprécier la pensée dépouillée et profonde de l'habitant de la cabane. Dommage.

cabane Le Traité de la cabane solitaire, Antoine Marcel (Arléa)

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15 juillet 2011

On dirait vraiment un roman

"Lemuel Sears mène une existence paisible à Manhattan. Conscient de son vieillissement, il vit dans la crainte de ne plus connaître l'amour avant de disparaître. Un jour, il se rend dans la petite ville de Janice pour patiner sur l'étang, et découvre que celui-ci est utilisé comme dépotoir. Révolté, il décide de tout mettre en oeuvre pour rendre à Janice son paysage bucolique. Amené à côtoyer les riverains, il rencontrera certaines figures du crime organisé, des politiciens véreux ainsi que quelques bonnes âmes prêtes à l'aider qui utilisent pour ce faire des méthodes pour le moins radicales... Parmi ces personnes, Sears fera la connaissance d'une jeune femme dont il tombera amoureux."

cheever-480  John Cheever (1912-1982)

Un style élégant, un humour omniprésent et une tendresse pour ses personnages ne suffisent pas à faire un bon roman. On dirait vraiment le Paradis n'est qu'une nouvelle étoffée. Les intrigues secondaires sans être inintéressantes ralentissent le rythme et dilue le propos. L'écologie vendue en quatrième de couverture est réduite à sa partie congrue. J'aurais préféré la même histoire racontée en kaléidoscope dans un recueil de nouvelles chaque personnage aurait été traité sur un pied d'égalité, la narration fragmentée aurait permis de donner autant d'importance à toutes les facettes de l'histoire et surtout de garder du souffle. D'autant que John Cheever est un maitre de la forme courte, chef de file des écrivains dit "du New Yorker", il a reçu de nombreux prix pour ses nouvelles.

On dirait vraiment le Paradis est, selon moi, un roman raté. Bien écrit mais trop ambitieux. La construction est claudiquante, on passe du coq à l'âne et de l'âne au chien. Bref, je le redis John cheever au lieu d'écrire le roman d'une petite communauté face aux progrès, aux mutations des paysages et à la corruption de la politique, aurait du publier un recueil de nouvelles sur le sujet ! Il se serait appelé Janice du nom de la commune rurale où se déroule l'action. J'ai même les titres des différentes nouvelles : 

1. Comment l'homo sapiens a vaincu néandertal ?

2. L'amour a-t-il une date de péremption ?

3. Pourquoi déteste-t-on son voisin ?

4. Quelle est l'éspérance de vie d'un avocat s'attaquant la mafia ?

5. Est-ce que l'amour se dissout dans l'eau ?

6. Comment peut-on oublier son bébé sur une aire d'autoroute ?

7. Combien coûte le costume du Maire de Janice ?

8. Vaut-il mieux contaminer un lac ou empoisonner une sauce Teriyaki ?

Voilà, j'ai relooké Cheever en Foenkinos, j'espère qu'il ne m'en voudra pas. Et pour ceux qui n'on toujours pas envie de lire le roman , je donne les réponses aux 7 questions ci-dessu :

1. Grace au patin à glace 2. Non, il ne se périme pas. Même après la mort. Le vrai amour est increvable. Ce qui en fait un produit de qualité. 3. Parce qu'il habite la maison d'à côté et qu'on a rien d'autre à faire 4. Un jour. 5. Non et je ne sais pas pourquoi je me pose la question. Ce chapitre ne sera peut-être pas dans la version finale de mon recueil 6. En étant distrait tout simplement 7. Trop cher pour qu'il se le soit offert avec ce qu'il gagne 8. Une sauce Teriyaki, définitivement.

cheever2 On dirait le Paradis, John Cheever (Joelle Losfeld Editions) 

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