Les trois Mousquetaires, roman de cape et d'épée, écrit en collaboration avec Auguste Maquet a d'abord été publié en  feuilleton dans Le Siècle du 14 mars au 14 juillet 1844.Pour écrire ce roman, Alexandre Dumas s'est inspiré des mémoires de M. D'Artagnan, œuvre de Courtilez de Sandras (1709).

Résumer les 67 chapitres de ce roman le dévaluerait et vous ôterait le plaisir de la découverte. On croit connaître l'histoire des ces trois mousquetaires pour avoir vu quelques films. On se souvient vaguement de d'Artagnan jeune gascon venu chercher fortune à Paris en 1625, sous le règne de Louis XIII et qui part à la recherche de ferrets offert par la reine au Duc de Buckingham. On a retenu quelques noms Milady, Constance Bonnacieux, Richelieu, Athos, Porthos et Aramis et Planchet, le laquais dévoué. 

Dartagnan_musketeers

Mais dans le livre d'autres personnages ont leur importance, ils trimbalent tous un qualificatif dominant sans toutefois glisser dans le cliché. Il y ale pieux Bazin, le gourmand Mousqueton et le discret Grimaud (les serviteurs des mousquetaires), l'invisible Comte de Rochefort, l'avare mari de Constance Bonnacieux puis les nobles M. de Winter et M. de Tréville... Le talent de Dumas est de ne jamais nous perdre dans cette pléthore de noms et comme dans les séries américaines, il tient son intrigue. Le fil conducteur rebondis sans cesse et des intrigues secondaires se nouent et se dénouent à foison. Le rythme est digne de 24h Chrono, une cavalcade incessante, des duels, et des bons mots, de l'action. L'auteur y a mis tout son art : la surprise, la vitesse, l'humour, la couleur, le sens du mystère et surtout celui de la grandeur. Le lecteur se sent tour à tour aventureux comme d'Artagnan, séducteur comme Aramis, hercule comme Porthos, profond comme Athos, poète comme Dumas.        

Cependant comme un exemple vaut mieux qu'un long discours, je vous propose un extrait : la rencontre des personnages. principaux. Ce passage est un bon révélateur du style de Dumas, original, nerveux, empanachés de mots d'esprits :

 

Dès les premiers chapitres D'Artagnan se brouille avec Athos pour l'avoir percuté, avec Porthos pour avoir découvert que son baudrier n'était recouvert d'or que sur le devant et enfin avec Aramis pour l'avoir mis dans une situation embarrassante au sujet d'une maîtresse de haut rang. D'artagnan a donc trois duels, à midi, à 13h et à 14h. A l'heure dite, D'Artagnan se rend à son premier duel et entame une discussion avec Athos en attendant les témoins. Comme il voit son adversaire diminué, le jeune Gascon propose de remettre le duel à plus tard pour qu'Athos puisse soigner une mauvaise blessure à l'épaule et être en pleine possession des ses moyens. Proposition rejetée par le mousquetaire qui s'impatiente fortement du retard de ses témoins :

"– Si vous êtes pressé, monsieur, dit d’Artagnan à Athos avec la même simplicité qu’un instant auparavant il lui avait proposé de remettre le duel à trois jours, si vous êtes pressé et qu’il vous plaise de m’expédier tout de suite, ne vous gênez pas, je vous en prie.

– Voilà encore un mot qui me plaît, dit Athos en faisant un gracieux signe de tête à d’Artagnan, il n’est point d’un homme sans cervelle, et il est à coup sûr d’un homme de cœur. Monsieur, j’aime les hommes de votre trempe, et je vois que si nous ne nous tuons pas l’un l’autre, j’aurai plus tard un vrai plaisir dans votre conversation. Attendons ces messieurs, je vous prie, j’ai tout le temps, et cela sera plus correct. Ah ! en voici un, je crois. »

En effet, au bout de la rue de Vaugirard commençait à apparaître le gigantesque Porthos.

« Quoi ! s’écria d’Artagnan, votre premier témoin est M. Porthos ?

– Oui, cela vous contrarie-t-il ?

– Non, aucunement.

– Et voici le second. »

D’Artagnan se retourna du côté indiqué par Athos, et reconnut Aramis.

« Quoi ! s’écria-t-il d’un accent plus étonné que la première fois, votre second témoin est M. Aramis ?

– Sans doute, ne savez-vous pas qu’on ne nous voit jamais l’un sans l’autre, et qu’on nous appelle, dans les mousquetaires et dans les gardes, à la cour et à la ville, Athos, Porthos et Aramis ou les trois inséparables ? Après cela, comme vous arrivez de Dax ou de Pau…

– De Tarbes, dit d’Artagnan.

–… Il vous est permis d’ignorer ce détail, dit Athos.

– Ma foi, dit d’Artagnan, vous êtes bien nommés, messieurs, et mon aventure, si elle fait quelque bruit, prouvera du moins que votre union n’est point fondée sur les contrastes. »

Pendant ce temps, Porthos s’était rapproché, avait salué de la main Athos ; puis, se retournant vers d’Artagnan, il était resté tout étonné.

Disons, en passant, qu’il avait changé de baudrier et quitté son manteau.

« Ah ! ah ! fit-il, qu’est-ce que cela ?

– C’est avec monsieur que je me bats, dit Athos en montrant de la main d’Artagnan, et en le saluant du même geste.

– C’est avec lui que je me bats aussi, dit Porthos.

– Mais à une heure seulement, répondit d’Artagnan.

– Et moi aussi, c’est avec monsieur que je me bats, dit Aramis en arrivant à son tour sur le terrain.

– Mais à deux heures seulement, fit d’Artagnan avec le même calme.

– Mais à propos de quoi te bats-tu, toi, Athos ? demanda Aramis.

– Ma foi, je ne sais pas trop, il m’a fait mal à l’épaule ; et toi, Porthos ?

– Ma foi, je me bats parce que je me bats », répondit Porthos en rougissant.

Athos, qui ne perdait rien, vit passer un fin sourire sur les lèvres du Gascon.

« Nous avons eu une discussion sur la toilette, dit le jeune homme.

– Et toi, Aramis ? demanda Athos.

– Moi, je me bats pour cause de théologie », répondit Aramis tout en faisant signe à d’Artagnan qu’il le priait de tenir secrète la cause de son duel.

Athos vit passer un second sourire sur les lèvres de d’Artagnan.

« Vraiment, dit Athos.

– Oui, un point de saint Augustin sur lequel nous ne sommes pas d’accord, dit le Gascon.

– Décidément c’est un homme d’esprit, murmura Athos.

– Et maintenant que vous êtes rassemblés, messieurs, dit d’Artagnan, permettez-moi de vous faire mes excuses. »

À ce mot d’excuses, un nuage passa sur le front d’Athos, un sourire hautain glissa sur les lèvres de Porthos, et un signe négatif fut la réponse d’Aramis.

« Vous ne me comprenez pas, messieurs, dit d’Artagnan en relevant sa tête, sur laquelle jouait en ce moment un rayon de soleil qui en dorait les lignes fines et hardies : je vous demande excuse dans le cas où je ne pourrais vous payer ma dette à tous trois, car M. Athos a le droit de me tuer le premier, ce qui ôte beaucoup de sa valeur à votre créance, monsieur Porthos, et ce qui rend la vôtre à peu près nulle, monsieur Aramis. Et maintenant, messieurs, je vous le répète, excusez-moi, mais de cela seulement, et en garde ! »

À ces mots, du geste le plus cavalier qui se puisse voir, d’Artagnan tira son épée."

Les gardes du Cardinal interrompent le duel, et le combat qui s'en suit soude l'amitié des quatre compagnons.

Les trois mousquetaires deviendront rapidement quatre et ce roman n'est en fait que début de leurs aventures. Il est suivi d'un deuxième tome, Vingt ans après et d'un troisième, Le Vicomte de Bragelonne - plus de 3600 pages ! Alexandre Dumas en bon feuilletoniste se plait à dessiner lentement ses personnages, à les dévoiler, à éclairer leur côté sombre et leur part de mystère. Si on apprend le nom d'Athos dans le premier opus, il faut attendre le second pour découvrir les véritables patronymes de Porthos et d'Aramis, respectivement, M. du Vallon et le Chevalier d'Herblay. Dans la suite des trois Mousquetaires, les héros sont plus vieux, plus réfléchis : Athos s'est retiré sur ces terres et élève Raoul - le Vicomte de Bragelonne, Porthos gère sa fortune et cherche à acquérir un titre, Aramis est devenu prêtre. Seul D'Artagnan est resté soldat mais il s'ennuie ferme. Richelieu et Louis XIII sont morts. Mazarin gère les affaires de la France, les princes de sang et M. de Retz cherchent à le renverser, c'est la Fronde. Le dernier tome évoque le début du règne de Louis XIV et l'emprisonnement du fameux masque de fer, les héros gagneront en gravité et laisseront le lecteur inconsolable d'avoir fini le cycle.

Alors pour prolonger le plaisir, ils se jetteront sur une suite apocryphe. En effet Roger Nimier a écrit un D'Artagnan Amoureux qui aurait pu s'appeler "Quinze ans après" ou "Cinq ans avant" selon le point de vue adopté. C'est l'hommage d'un admirateur de Dumas. On dit que c'est Antoine Blondin qui a achevé les deux derniers chapitres à la mort de son ami. Ce roman complète la longue période laissé vide par Dumas entre ces deux premiers tomes : La guerre contre l'Espagne, la mort de Richelieu, de Louis XIII, la victoire de Rocroy et un personnage haut en couleur Pelisson de Pelissart, maréchal et "inventeur d'une machine volante qui ne vole pas."

Enfin pour finir je vous livre une anecdote qui mêle D'Artagnan, la bonne chère et les Hussards : Quand on mangeait à la Fermette chez Kléber Haedens en compagnie de Nimier et de Blondin, il fallait connaître sur le bout des doigts l'œuvre de Dumas. Le convive invité devait passer un véritable examen pour intégrer leur groupe et avoir le droit de déguster les plats de Caroline, la femme de Kléber. Les questions portaient sur Les Trois Mousquetaires et plus précisément sur le festins qui jalonnent leurs aventures. Alors on prenait l'apéritif et ça commençait comme ça :

Quel était le menu du festin des retrouvailles entre D'artagnan et Porthos après que D'Artagnan ait rapporté les Ferrets ? Et quels vins ont arrosés les plats ? Quel est la composition du pique-nique lors de la défense héroïque du fortin de la Rochelle ?

Je vous laisse le découvrir.

Tome_1 Les Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas (Folio)

tome2 Vingt ans après, Alexandre Dumas (Folio)

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Le Vicomte de Bragelonne, Alexandre Dumas (Livres de Poche) 3 tomes

d_artagnan D'Artagnan Amoureux, Roger Nimier (Folio)